dimanche 16 octobre 2011


Irène Lemond


Paul Lemond


Révérend Lewis


Martha

Mission n°2 : Suffer little children


Le mardi 25 août à 19h00, Steeve Sommers et Arthus de Kerouac rejoignent comme convenu le petit salon privé de Whitesnake, où celui-ci les invite à prendre à verre en attendant l’arrivée de sa nouvelle recrue.
Venu par la route en voiture, le Chicagoan arrive avec près de 2 heures de retard à l’hôtel particulier de leur employeur ; c’est un irlandais lui aussi, ancien flic ayant quitté la police pour d’obscures raisons et devenu détective. Une certaine tension est immédiatement palpable entre Sommers et lui. 
Et c’est au tour du dîner préparé par ses domestiques que Whitesnake les
met au courant tous les trois de leur prochaine mission. Il a récemment répondu en leurs noms à une annonce parue dans le Boston Enquirer, proposant un weekend spectacle à la découverte du spiritisme dans une maison hantée, et il souhaite qu’ils y participent incognito pour deux raisons :
  • Étudier le comportement du spirite pour vérifier si ses dons sont réels ou s’il n’est qu’un charlatan,
  • Lier connaissance avec l’organisateur de cet évènement.
Vu le prix de l’inscription, des enjeux financiers semblent en jeu là-bas. Pour Whitesnake, rencontrer du beau monde et de futurs investisseurs potentiels est un objectif important, et il aurait peut-être besoin dans un proche avenir des services d’un medium efficace …
Cette escapade folklorique n’étant prévue que dans une semaine, les trois investigateurs en profitent pour vaquer à leurs occupations habituelles, faire plus ample connaissance et se renseigner. L’annonce a été passée par une agence de presse de New-York et les séances de spiritisme semblent effectivement très en vogue dans les cercles huppés. O’Donnell se révèle d’un caractère bourru et bien trempé, et il les met d’ailleurs rapidement en garde : « J’ai l’alcool mauvais … »
Sommers poursuit son entraînement physique dans une salle de sport, améliorant ses compétences d’athlétisme, tandis qu’Arthus reste enfermé la plupart du temps dans sa chambre à étudier le sortilège de soins décrit dans l’ouvrage d’Abel de St
Luc. Le Frenchy a d’ailleurs capturé un rat dans la cave et l’utilise comme cobaye : «Euh … Je vais lui couper la queue pour voir si ça repousse avec ce sort … » La veille du départ, O’Donnell et Sommers sont réveillés par des sanglots provenant de la chambre de leur compagnon, mais ils ne détectent rien d’anormal lorsque celui-ci leur ouvre en pleine nuit …
Le lendemain, après que Sommers ait longuement hésité à prendre sa mitrailleuse dans ses bagages au cas où (« Je la démonte ou pas … »), le trio se rend séparément à la Gare Routière où ils ont rendez-vous à 16h00. O’Donnell a décidé de se faire passer pour un veuf éploré, Sommers pour un jeune oisif en quête de sensations fortes, et Arthus estime que sa qualité de français est une couverture suffisante.
Ils font connaissance avec Herbert Whitefield, l’impresario responsable de ce petit week-end, qui leur présente le reste du groupe : Robert Carrington, le propriétaire de la maison, qui souhaite savoir si celle-ci est véritablement hantée ; Cécilia Peters, une jeune actrice bientôt célèbre ; Paul Lemond, le ‘très talentueux et extraordinaire’ spirite ; et enfin Martha, une veille dame à l’air sombre qu’il a embauchée pour la cuisine et l’intendance.
 Alors qu’ils s’apprêtent à partir, installés à bord du mini-bus peu confortable loué pour l’occasion par Whitefield qui se met au volant, une dame outrageusement pomponnée fait irruption. Il s’agit d’Irène Lemond, la mère du jeune spirite, venue lui apporter une petite
laine et quelques biscuits …
Pendant le trajet, Arthus drague la jeune actrice, qui le bombarde de questions sur la vie artistique parisienne et ne tarde pas à le saouler. O’Donnell, lui, discute avec Carrington. Ce dernier pense avoir vu le fantôme de sa soeur décédée -dont il ne garde aucun souvenir- dans la maison où ils se rendent.
Le jeune homme avait quitté cette demeure avec son père à l’âge de 4 ans et n’y avait jamais remis les pieds jusqu’à récemment, à la mort de ce dernier survenue quelques mois plus tôt. Paul Lemond, quant à lui, apprend à Sommers qu’il vient de New-York et que ses dons se sont révélés à lui un matin, après un coma prolongé à l’hôpital faisant suite à une longue maladie.
En chemin, Martha leur fait signer une décharge. Avec les esprits, on ne sait jamais …
Vers 19h00, ils atteignent enfin le village de Corbis Wood, un petit hameau doté d’une église, perdu au milieu des bois dans une vallée encaissée de la campagne de Providence. Les habitants ne se montrent guère accueillants à l’arrivée des citadins.
Un peu en retrait, sur une colline, le petit groupe aperçoit leur destination : la Maison Tannerhill. A l’intérieur, il n’y a pas d’électricité et c’est éclairés de bougies qu’ils visitent la maison poussiéreuse, un peu lugubre, dont les meubles sont recouverts de draps et dont les murs ne sont ornés d’aucune décoration artistique. Tout ce qui avait de la valeur a visiblement été emporté.
Au 1er étage, ils sont brutalement saisis de froid en pénétrant dans la chambre d’enfant, puis dans la chambre vide comme l’appelle Carrington : une pièce délabrée aux murs et au plancher très abîmés ! En terminant le tour du propriétaire, les visiteurs constatent que les WC sont à l’extérieur et qu’une partie de la cave a été condamnée.
Whitefield avait amené des lits militaires. L’impresario s’installe d’emblée avec Lemond dans la chambre principale, Carrington opte pour la petite chambre, O’Donnell et Arthus partagent la seconde chambre avec Cécilia, Martha couchera dans le salon, et Sommers prend la chambre d’enfant. Ce dernier y découvre dans un coffre une petite poupée en bois cassée, un ours en peluche miteux et un diable sur ressort dans une boite.
Pendant que Martha prépare le déjeuner, Whitefield propose d’organiser une séance de spiritisme dans le salon.
En retrouvant Boubou, l’ours en peluche qu’il avait lorsqu’il était enfant, Paul Lemond semble empli d’émotions et retrouver quelques bribes de souvenirs.
Tous se mettent en cercle autour de lui en se tenant par la main, et le spirite décide d’utiliser le diable dans sa boite -ayant appartenu à la soeur de Carrington- comme focus. Bientôt, le médium se raidit et c’est d’une voix de petite fille qu’il s’adresse à l’assistance : « Paul, quelle joie de te revoir. Comme tu as grandi,
mon cher petit frère. Excuse-moi encore pour ce que tu sais… »
C’est alors que des bruit de pas résonnent lourdement derrière la porte du salon, dont la clinche se met à s’agiter soudainement comme si quelqu’un ou quelque chose l’actionnait violemment.
« Elle arrive, elle arrive !!! Libérez-moi, vite ! » hurle Lemond d’une voix de fillette paniquée. Steeve et Arthus rompent aussitôt le cercle de pouvoir et le spirite s’effondre sur le sol tandis que Sommers bondit vers la porte.
En sortant dans le hall, il aperçoit une vague silhouette de femme habillée façon 17ème, debout au bas des escaliers.

Cette femme le regarde de ses yeux éteints et, sans que ses lèvres fantomatiques ne bougent, il
l’entend lui parler et lui dire : « Je suis Katherine, la gardienne de cette maison. Le rejeton de Satan est ici et je suis tout ce qui s’interpose entre lui et le monde. Voulez-vous m’aider à le détruire ? Suivez-moi, je vous montrerai … »
A cet instant précis, Sommers sait qu’elle lui dit la vérité et il la suit dans les escaliers jusqu’en haut des marches, la voyant traverser la porte menant à la chambre vide.
Mis au courant de cette apparition, O’Donnell et Arthus décident de fouiller la bibliothèque, où ils trouvent de nombreux exemplaires de la gazette locale. Les principaux sujets abordés y sont l’agriculture et la religion. Ils apprennent ainsi que le village a environ 300 ans et que ses habitants sont des protestants intégristes de l’Eglise Congrégationniste. La maison avait été bâtie en 1680 par Tannerhill, un riche marchand, et c’est en 1892 que Carrington père l’avait lui-même achetée. La maison était restée inhabitée entretemps …
De retour dans le salon, Carrington leur confirme que sa soeur aînée s’est biensuicidée. De son côté, Sommers monte au 2nd étage pour fouiner dans le débarras. Il découvre des tas de lettres et de notes appartenant à la famille Carrington, notamment 3 manuscrits qu’il empoche aussitôt :
  • une liste rédigée par Agnès Carrington (la mère) en 1892, concernant des réparations et des travaux à effectuer dans la maison ;
  • une lettre de cette même Agnès envoyée à son mari David Carrington (le père), dans laquelle elle exprimait son inquiétude vis à-vis des crises de colère de leur fille Jenny, très turbulente, et lui demandait de revenir d’urgence de son voyage d’affaires ;
  • et une rédaction écrite de la main enfantine de Jenny : « Mon ami et moi avons joué avec le diable. Il est mon MEILLEUR ami. Il fait s’ouvrir la boite et maman est très fâchée. »
Tandis qu’il descend au sous-sol, ses deux compagnons montent à leur tour à l’étage. Dans la cave, Sommers ne découvre rien d’autre que 7 bouteilles de vin du millésime 1895 qu’il dissimule dans un coin. Le Frenchy et l’Irlandais explorent le débarras et y dénichent un document ayant échappé à Sommers : une facture
datant de 1885 adressée à David Carrington et émanant de l’asile psychiatrique du coin, concernant les soins constants qu’y recevait sa femme Agnès …
Au premier étage, rangée dans un tiroir de la table de chevet de la chambre principale, Arthus et O’Donnell trouvent une Sainte Bible où des annotations ont été faites, par trois écritures différentes !!! Les trois investigateurs informent le reste du groupe de leurs découvertes autour du repas, et ils décident d’un commun accord d’invoquer l’esprit de Katherine Tannerhill.
Bien que la nuit soit tombée, Steeve effectue un rapide aller-retour jusqu’à l’église du village, où il convainc le révérend Lewis, trop obséquieux pour être honnête, de lui prêter un crucifix. Pendant ce temps, les autres préparent le rituel et, dès son retour, ils se mettent en cercle dans la chambre vide (la pièce où Sommers avait vu le fantôme disparaître).
Alors qu’ils se prennent la main et que le spirite entre en transe, la température chute brusquement, la fenêtre tremble avant de s’ouvrir en grand. Le spectre venait d’investir le corps de Lemond :
« Je suis la gardienne de cette maison. Le rejeton de Satan est ici et je suis tout ce qui peut s’y opposer. Par la grâce de Dieu, j’ai été unie dans le mariage à
Quentin mais notre union fut sans fruit. Nous avons adopté le fruit d’une union hors mariage entre Quentin et cette traînée de Marion Lee. Quel mal aurions
nous pu voir en cet enfant ? Il est dit dans les Saintes Écritures : Tu ne tueras point, mais il est dit aussi : Ne souffre pas que vive le mal, et cette sorcière était
maudite et sa progéniture souillée. Ai-je eu tort de tuer cette engeance ? La Bible est la seule vérité, les mots qui y sont écrits sont mon testament. Je dois
rester ici et protéger les vivants du rejeton du diable. Il est de retour, je reste jusqu’au jour du jugement dernier … »
Sur ces mots, Paul Lemond s’écroule et la fenêtre se referme dans un claquement … Un silence pesant règne parmi l’assistance, tandis que Whitefield ranime son ami médium et le conduit dans sa chambre pour qu’il se repose. Ces deux séances de
spiritisme l’ont vidé, le spirite doit se reposer, et ils devront attendre le lendemain pour une autre séance ‘extraordinaire’ de la sorte. Les hypothèses vont bon train, et un mélange d’excitation et de peur envahit les invités qui regagnent leurs chambres les uns après l’autre pour dormir et se remettre de leurs émotions.
O’Donnell, Sommers et Arthus descendent quant à eux à la cave. Après avoir bu l’une des bouteilles de vin, ils défoncent la porte bloquée donnant sur la pièce emmurée. A la lueur de leurs lampes torches, ils y font deux macabres découvertes. Enfoncé dans une poutre de soutènement, un clou laisse suinter des gouttes de sang frais (!) et, dissimulé sous un amoncellement de débris près de la flaque de sang s’élargissant sur le sol, ils déterrent le squelette d’un enfant.

Sommers décide de remonter au 1er étage afin de surveiller Carrington et le médium. Qui sait si l’esprit du Malin qui hante cette maison ne va pas s’en prendre à eux ? Restés au sous-sol, les deux autres retirent le clou de la poutre et la manifestation ectoplasmique cesse immédiatement. Convaincus d’avoir trouvé ce qu’ils cherchaient, les deux larrons retournent alors dans leur chambre, où la belle Cécilia ne les a malheureusement pas attendus …
Pendant la nuit, alors qu’Arthus fait de curieux rêves, Steeve entend des bruits suspects provenant de la cave. Revolver en main
et éclairé par la flamme tremblotante d’une bougie, il descend discrètement les escaliers. Soudain, il aperçoit en bas des marches menant au sous-sol une silhouette féminine sortant de la pièce secrète, une hache à la main. Et alors que celle-ci tourne vers lui d’énormes yeux, la bougie s’éteint brusquement dans un souffle. Plongé dans l’obscurité la plus totale, Sommers n’hésite pas et fait feu à l’aveuglette en direction de la menace.
Réveillés par la détonation, les autres se précipitent en bas. Ils trouvent Sommers le doigt encore crispé sur la détente et Martha, tremblante près de l’escalier, une estafilade sanglante sur le bras. Elle leur explique avoir entendu du bruit et être descendu voir à la cave où, après avoir ramassé une hache pour se rassurer, elle avait aperçu Sommers en haut de l’escalier, braquant une arme sur elle. Elle avait écarquillé les yeux de peur et avait bondi sur le côté quand la bougie s’était éteinte et qu’il avait tiré sur elle ! Pendant que les autres s’occupent de la domestique, O’Donnell tente de raisonner Sommers, convaincu que la vieille femme s’était faite posséder par le rejeton de Satan, comme l’avait prévenu la fantomatique Katherine. Après quelques frictions, tout rentre dans l’ordre et ils finissent tous par retourner se coucher.
Le lendemain matin, alors qu’Arthus continue sa nuit, les autres se retrouvent autour du petit-déjeuner frugal préparé par Martha. L’ancien flic expose à Sommers les conclusions auxquelles il est arrivé, mais celui-ci lui fait remarquer que le
comportement de leur intendante a changé. Comme d’ailleurs ses qualités de cuisinière (de simples oeufs ce matin, comparés au délicieux dîner de la veille !). Soudain méfiant, O’Donnell les entraîne tous au sous-sol.
Devant le petit squelette, Whitefield s’évanouit, les autres détournent les yeux … à l’exception de Martha qui n’a pas l’air surprise, comme absente. O’Donnell l’emmène au rez-de-chaussée pendant que Sommers résume rapidement la situation au
médium :
‘‘Selon eux, Katherine Tannerhill avait maltraité et torturé pendant des années son enfant adoptif, Luther, rejeton illégitime de son mari Quentin Tannerhill et de sa maîtresse Marion Lee, brûlée pour sorcellerie. A la mort de Katherine, son fantôme avait continué à hanter la maison, jusqu’à l’arrivée des Carrington. Le drame s’était alors reproduit … Le fantôme de Luther avait sympathisé avec Jenny, la soeur de Robert Carrington. Cette dernière avait été, tout comme lui, battue et brutalisée par sa mère, Agnès Carrington. Laquelle avait été possédée par Katherine et avait sombré dans la folie. C’est le cadavre de Luther qu’ils avaient trouvé dans la cave ; O’Donnell avait pu identifier sur ses os les traces des coups violents qu’il avait subi. Jenny, qui la veille encore s’était excusée de son geste auprès de son frère, avait préféré se suicider. Grâce au clou découvert dans la charpente.’’

Mais comment se débarrasser d’un fantôme immortel et libérer la demeure de cette malédiction ? Ils entendent alors du raffut provenir du rez-de-chaussée.
Après l’avoir empêchée de force de quitter la bâtisse pour aller à l’église, O’Donnell avait commencé à interroger Martha, ou plutôt Katherine. Celle-ci trifouillait la Sainte Bible qu’il lui avait remise, quand Cécilia Peters les avait rejoints. A sa vue, la vieille femme avait griffonné à la hâte une annotation supplémentaire sur l’ouvrage : LE REJETON DE SATAN EST REVENU !!!! , avant de se jeter sur elle, la bave aux lèvres. Le privé avait dû l’assommer net d’un coup de boule doublé d’un uppercut ! Le temps presse. Convaincre le révérend du village de pratiquer un exorcisme serait trop long, et Paul Lemond leur propose alors de tenter un renvoi d’esprit. N’ayant pas de meilleure idée, le petit groupe fait cercle autour de Martha, toujours inconsciente sur le sol.
Sommers se tient prêt à rattraper le médium, au cas où celui-ci s’effondre, pour ne pas briser le cercle. Un froid glacial envahit la pièce, tandis que le médium canalise les énergies négatives de la maison et les rassemble en lui, avant de les faire disparaître dans un soubresaut et de purifier ainsi la maison.
Martha revient à elle, gigote faiblement sur le sol en gémissant, avant de s’écrouler. Livide, Lemond serre les dents avant de s’affaler à son tour, heureusement soutenu par Sommers. La température revient dans la salle, l’atmosphère semble tout à coup plus légère, l’air moins pesant. Le spirite avait réussi !!! Toute manifestation surnaturelle ayant disparu de la maison, le week-end de spiritisme d’Herbert Whitefield tombait à l’eau.
Néanmoins, le trio n’en a pas fini ici ; O’Donnell se rend à Corbis Wood et, un brin menaçant, il persuade le révérend Lewis d’enterrer le corps de Luther dans le cimetière du village pour que l’âme du pauvre gosse trouve enfin la paix. Pendant ce temps, Sommers bricole une civière avec l’un des lits militaires et transporte ainsi le squelette jusqu’à l’église avec l’aide de Carrington. Arthus, lui, préfère continuer son numéro de séducteur auprès de la belle Cécilia. Sans trop de succès d’ailleurs … Ils ne parviennent pas en revanche à convaincre le pasteur d’enterrer en terre consacrée Jenny, inhumée sans cérémonie dans la fosse commune. La petite fille s’étant suicidée, ils essuient le refus catégorique du père Lewis. Carrington décide donc de faire rapatrier son corps à New-York où elle pourra reposer dans son caveau familial.
Le dimanche matin, l’ensemble du groupe assiste à la bénédiction, à la mise en bière puis à l’enterrement du petit Luther Tannerhill. L’émotion est palpable, même chez les plus endurcis comme O’Donnell ou Sommers. Se fiant à son instinct, ce dernier dépose dans le cercueil la petite poupée en bois qu’il avait trouvée dans la chambre d’enfant. Puis, après avoir remballé leurs affaires (Sommers en profite pour récupérer les six bouteilles de vin de 1895 planquées dans la cave), ils remontent à bord du mini-bus. Il était temps de retourner à Boston et de rejoindre la civilisation.
Arrivés à la Gare Routière, ils prennent congés les uns des autres.
Comme il lui avait promis lors du trajet aller, et pour se faire pardonner son tir nocturne impulsif, Sommers glisse à Martha dix dollars de pourboire. Paul Lemond, tout comme Carrington, se sent un peu redevables envers eux, et les trois compères en profitent pour parfaire leur mission. Le spirite et le riche new-yorkais acceptent volontiers de rester en contact, voire même de rencontrer leur employeur Mr. Whitesnake, et ils échangent leurs numéros de téléphone. Le jeune médium les quitte bientôt, escortée de sa mère qui était venue le chercher et de Whitefield, son vénal ami. Cécilia Peters part à son tour, au grand dam du Frenchy et d’O’Donnell. Quant à Carrington, il repart avec Boubou et le diable en boite de sa
soeur que Sommers avait ramassé avant de partir.

Ce qu’aucun d’entre eux ne saura jamais, c’est que Sommers avait été le temps de quelques heures l’hôte de Katherine, quand il
l’avait vue dans le hall et jusqu’à ce qu’il tire sur Martha … Il n’en avait aucun souvenir.

Mission n°1, Le déssert que sert l’abominable femme du désert

Whitesnake les convie un soir tous les trois dans son salon privé. Il vient d’acquérir une vieille maison, à proximité du petit village de Highcliff dans la région de Salem, grosse ville portuaire du Massachusetts célèbre pour ses « chasses aux sorcières »
passées. Son précédent propriétaire, un dénommé Bartolomew Jefferson, était décédé quelques mois auparavant, et Whitesnake avait donc acheté la demeure mise en vente par le neveu du défunt, John John Jefferson. Il souhaite qu’ils se rendent à Highcliff pour inspecter la propriété -qu’il n’avait pas encore visitée par lui-même- et qu’ils vérifient si elle ne pourrait pas accueillir sa future collection muséale. Comprenant que leur employeur n’en sait pas davantage, ou ne veut pas leur en dire plus, sur cette banale mission de routine, Sommers coupe court à la soirée et quitte la réunion rapidement, emportant avec lui la bouteille de whisky entamée. Une certaine tension était apparue entre lui et O’Rearly ; le jeune irlandais se vantait de beaucoup trop de voyages d’exploration en Europe, en Egypte, en Iran, en Amérique du Sud, etc… pour être crédible vu son jeune âge. Et la méfiance était réciproque.
L’Américain regagne sa chambre d’hôtel et, tout en buvant un verre ou deux, prépare ses bagages, entassant quelques vêtements et ses armes de prédilection (fusil « Enfield », mitrailleuse portative Browning M1918 !) dans une malle militaire.
Arthus de Kerouac regagne lui aussi sa chambre peu après pour se reposer, tandis qu’O’Rearly passe une partie de la nuit dans un pub gaélique du quartier.
Le lendemain, après quelques heures de conduite sur une route caillouteuse à bord du véhicule aimablement mis à leur disposition par Whitesnake (une Dort-6, 5 passagers, 1924), ils parviennent à la propriété. Salem n’était éloignée de Boston que d’une heure environ, mais il leur faut deux bonnes heures pour remonter jusqu’à Highcliff par une petite route de terre, puis atteindre la propriété isolée.
L’endroit est inhabité, désert, peu hospitalier. Aucun bruit d’insecte ni de chant d’oiseaux.
Aux abords de la maison, juchée sur le haut d’une falaise à pic donnant sur l’océan, la végétation est malingre et desséchée, le sol dur et rocailleux. Sur le perron, ils découvrent un petit paquet déposé sur le sol. Celui-ci a été visiblement posté plusieurs semaines auparavant. Sommers le déballe avec précaution. Il s’agit d’un flacon de laboratoire, fermé d’un gros bouchon en liège et contenant apparemment du sable noir. Une note manuscrite est enroulée autour du flacon, faisant référence à une mystérieuse Grecque :
Mr Jefferson,
Voici ce que vous m’aviez demandé. Ne comptez plus sur moi pour recommencer.
La Grecque est à mes trousses et cela n’augure rien de bon pour vous.
Je crois qu’il serait prudent de remettre l’exécution de votre projet à plus tard et de fuir au plus vite.
Versez le solde sur le compte convenu.
Ne cherchez plus à me joindre.
Henry.
Sommers glisse le flacon de sable noir dans la poche intérieure de sa veste, tandis que Seth O’Rearly garde la lettre.
Les trois aventuriers commencent alors à explorer l’endroit. Dans les chambres et le bureau du 1er étage, ainsi que dans le grenier, Sommers trouve de nombreuses notes, lettres, cahiers de voyage et cours scolaires de l’ancien propriétaire, leur
apprenant que celui était professeur d’histoire à l’Université Miskatonic d’Arkham. Aidé de leur comparse irlandais, Arthus s’attarde quant à lui au rez-de-chaussée, fouillant le salon, la cuisine et la réserve attenante encore pleine de conserves. A part 2 fusils de chasse calibre 12 accrochés au mur et une bibliothèque remplie de vieux livres d’histoire et de géographie, la fouille se révèle infructueuse. Il ne semble même pas y avoir de cave à première vue, et l’endroit ne semble guère propice pour le musée de Whitesnake. O’Rearly finit par sortir visiter le jardin, faisant le tour de la demeure par l’arrière.

C’est alors que trois “préposés au tri postal” se pointent, à peine plus de deux heures après leur arrivée ! Arthus de Kerouac les reçoit sur le pas de la porte ; ceux-ci venaient s’enquérir d’une éventuelle livraison effectuée par erreur à cette adresse mais, devant l’incompréhension feinte du Frenchy, les trois individus cherchent à se montrer plus persuasifs. Deux d’entre eux dégainent des 45 automatiques, tandis que le troisième tente de frapper Arthus. Des coups de feu se font bientôt entendre, la bagarre éclate, et les trois individus sont rapidement mis hors d’état de nuire, apprenant au trio qu’ils faisaient partie d’une bande de truands dirigée par un dénommé Bob la Crapule.
Le petit groupe de Whitesnake décide alors d’explorer plus minutieusement la maison et ses alentours, et ils découvrent bientôt 3 macchabées enterrés dans le jardin, des curés visiblement, ainsi qu’une petite porte derrière un placard de la cuisine qui donnait sur un étroit escalier menant à une petite pièce souterraine.
Sur des étagères contre le mur, ils trouvent un gros traité d’occultisme en français, « Les Secrets du Crépuscule » par Abel de St Luc, ainsi que de nombreuses notes manuscrites concernant d’autres livres d’occultisme consultés à l’Université d’Arkham.
Arthus s’empare du traité, tandis que Steeve, après avoir ramassé les autres documents, trouve une petite cache secrètre creusée dans le sol où restent visibles des traces de sang séché. Dedans, il déniche 3 morceaux en cuir avec des inscriptions gravées dessus en cunéiforme, décrivant : Un procédé de jouvence qui nécessitait l’utilisation de terre lunaire et d’un sablier approprié (plaque 1). Comment procéder aux sacrifices rituels de 3 âmes religieuses (plaque 2). Tous les dangers mortels accompagnant le rituel : sècheresse, cauchemars, mort lente (plaque 3).
Le petit groupe comprend alors être tombé sur quelque chose … Ils avaient trouvé dans le jardin les cadavres des 3 religieux sacrifiés dans la cave ; le terrain aux alentours était sec et la végétation avait lentement dépéri ; le sable noir qu’ils avaient trouvé en arrivant devait renfermer cette « terre lunaire » et ils devaient donc chercher un sablier.
Le lendemain, ils retournent au village de Highcliff et passent un coup de fil à Bob la Crapule, lui fixant rendez-vous à la demeure de Jefferson …
Le reste de la journée restera à jamais gravé dans leurs mémoires. S’ils sont en effet attaqués dans l’après-midi par Bob et le reste de la bande, ils doivent aussi subir l’attaque d’une fière Grecque sans âge, détenant des pouvoirs magiques et invoquant … des monstres !!!

Des crevettes de 2,5 mètres de haut, deux grosses bestioles pataudes, à l’aspect vaguement batracien et à la peau grisâtre. Des filaments roses pendent par dessus leur grande bouche, et elles tiennent une sorte de sagaie dans leurs petites mains. Un farouche combat s’engage, et Arthus ne doit la vie qu’au talent de tireur de l’américain qui abat in extremis la sorcière d’une balle en pleine tête.
Sommers ne perd pas le nord ; tandis que ses compagnons récupèrent à l’intérieur du salon dévasté, il récupère de son côté sur le cadavre de leur ennemie un collier avec des symboles grecs liés au Culte d’Apollon chez les Grecs, 3 bagues en or, une paire de boucles d’oreille, ainsi qu’un poignard antique avec des pierres semi-précieuses incrustées dans le manche. Il ramasse également un pistolet 45 automatique avant de s’approprier la voiture des bandits : une Ford T nouveau modèle 1925, de couleur noire. Après avoir effacé du mieux possible les traces du combat de la veille et s’être débarrassés des cadavres en les jetant dans l’océan du haut de la falaise, les trois compagnons décident ensuite de quitter ce lieu maudit et, histoire de reprendre leurs esprits, ils
retournent jusqu’à la ville de Salem où ils louent des chambres pour la nuit.
Le jour suivant, ils retrouvent Whitesnake à la maison de Highcliff pour lui faire un rapport, succinct et rempli d’omissions, sur l’état de la bâtisse, guère propice à la fondation d’un musée privé … Leur employeur reste perplexe, mais ce dernier n’a pas tout perdu. Il récupère en effet les deux sagaies précolombiennes des crustacés géants que le trio avait posées dans un coin. 
Le trio retourne ensuite à Salem pour la nuit et, le matin venu, ils rendent visite au neveu John John Jefferson, puis à son notaire, mais sans rien apprendre de nouveau. Le notaire, personne assermentée, n’ayant pas aimé que son expertise soit mise en doute par nos amis, refuse de les aider. Ils retournent donc une fois encore tous les trois passé la maison au peigne fin, mais sans succès. Pas de sablier …
De retour à Salem, Sommers décide soudain de suivre son intuition. Au milieu de la nuit, laissant Arthus à l’hôtel pour qu’il potasse le grimoire d’Abel de St Luc, il se rend au cimetière accompagné d’O’Rearly. Jouant aux pilleurs de tombes, les deux
compères déterrent le cercueil de Bartolomew Jefferson et fouillent son cadavre putréfié. L’américain met la main sur une chaîne en or attachée autour de son cou décharné, avec la petite clé d’un coffre de banque à Salem en pendentif. La banque “Eastern Union Bank” avec un coffre numéroté 7856 à Salem …
Après une nouvelle nuit à l’hôtel, ils vont à l’ “Eastern Union Bank” où ils trouvent dans ce coffre un petit sablier de 50 cm de haut, avec 2 globes surmontés chacun d’un crâne humanoïde et un petit orifice permettant de rentrer/sortir quelque chose … L’objet rejoint illico la poche de Sommers.
Après avoir revu en détails les éléments en leur possession, les trois aventuriers choisissent alors d’aller à Arkham, sur les traces du Prof. Henry Sasko, qui avait mystérieusement disparu. Ils finissent par dénicher son adresse et découvrent son appartement sans dessus dessous. Celui-ci avait visiblement été fouillé de fond en comble, probablement par les sbires de Bob. Espérant que quelque chose leur avait échappé, ils fouillent eux aussi et, dissimulé dans une sacoche, ils finissent par mettre la main sur son journal intime. En le feuilletant rapidement, ils tombent
sur plusieurs passages troublants.
Les extraits du journal de Sasko :
(…) Toute cette histoire est proprement invraisemblable. Depuis que j’ai découvert leur existence, je croyais être prêt à tout, mais de là à imaginer la possibilité d’une vie
éternelle… Ce qui me désole le plus, c’est que je n’aurai sans doute jamais l’occasion de la rencontrer alors qu’elle a vu tellement de choses Jefferson est fou. Elle ne le lâchera jamais.
(…) Jefferson m’a dit qu’il avait fait des recherches sur la Grecque. Cette femme est un monstre et pourtant je ne peux pas m’empêcher d’être fasciné par son intelligence
prodigieuse. J’ose à peine concevoir les stratagèmes qu’elle a imaginés pour traverser les siècles et tuer autant de personnes sans jamais être repérée. Il pense qu’elle a plus de deux
mille ans. J’ignore encore d’où il tire toutes ces informations mais je profiterai des prochaines vacances pour lui rendre visite. (…) Jefferson m’a demandé de lui procurer le sable.
J’ai eu le malheur de lui dire que je possédais l’extrait d’un codex où était transcrite une cérémonie impie permettant d’invoquer certaines créatures ayant le pouvoir d’accomplir
cette tâche incroyable. Il sait que j’ai d’importants problèmes financiers et il sait aussi que je meurs d’envie de voir à quoi peuvent bien ressembler ces êtres venus de l’espace.
Quant à moi, je sais que je ne devrais pas, mais c’est plus fort que moi. (…) C’est fait. Je le regretterai toute ma vie. Maintenant je sais qu’elle sait. Où que j’aille elle me retrouvera
et je paierai cher ma curiosité. (…)

La description des bestioles que Sasko prétendait avoir invoquées pour aller chercher le « sable lunaire » envoyé à feu Bartolomew Jefferson correspond aux crevettes géantes qu’ils avaient combattues ! Seth O’Rearly récupère le journal puis, estimant en avoir suffisamment appris, les trois larrons repartent finalement à Boston, veillant bien à ne rien dire à Whitesnake sur leurs diverses découvertes.
Steeve Sommers s’occupe, grâce à ses relations du milieu, de leur dégotter une planque secrète dans les bas-fonds populaires, inconnue de leur employeur, pour y laisser leur nouvelle voiture.

…
A leur retour, Whitesnake leur accorde 3 semaines de congés, et chacun vaque à ses occupations. Arthus de Kerouac s’enferme dans sa chambre et commence à décrypter l’ouvrage écrit en vieux français qu’ils avaient découvert dans le sous-sol de la maison de Jefferson : « Les Secrets du Crépuscule » par Abel de St Luc.
Sommers passe la première semaine à Boston. Grâce à ses contacts dans la pègre locale et la mafia, il cherche discrètement à faire évaluer par un orfèvre du milieu les bijoux en or et le poignard qu’il avait récupérés sur la Grecque, ainsi qu’à les faire dater. En interrogeant quelques unes de ses connaissances, il comprend que ces babioles ne valent pour eux guère plus que leur valeur au poids ; mais si leur confection est tout de même très grossière, les bijoux sont manifestement d’origine antique. Ils pourraient avoir une certaine valeur auprès d’un collectionneur …
Il occupe une heure ou deux dans la journée à pratiquer quelques exercices physiques et, le soir venu, il lit méticuleusement les notes manuscrites du professeur Jefferson trouvées dans la cave de Highliff. Celles-ci font référence à plusieurs livres d’occultisme que l’homme avait consultés à l’Université d’Arkham.
Il est fait plusieurs fois mention d’ouvrages comme le « Necronomicon », un sombre recueil de sorcellerie moyen-âgeuse, et l’auteur cite à maintes reprises le « Rameau d’Or », un recueil d’anthropologie, et « les Secrets du Crépuscule » [en français] que détient Arthus. Il est également question du « Culte des Goules » [en français], un livre de nécromancie français. Au bout d’une semaine, Steeve décide de se rendre à l’Université Miskatonic d’Arkham pour voir le catalogue de la bibliothèque. En chemin, il vérifie qu’il n’est pas suivi et, sur place, loue une chambre d’hôtel dans le centre-ville :
Hotel Lewiston House
181 East College Street
Telephone 7560
Utilisant les faux papiers qu’il s’était faits faire dès son retour dans son pays natal, Sommers s’acquitte des frais d’inscription de
l’BUMA : US$ 48.- / an, payables à l’inscription et, sous la fausse identité de Jerry Renner, il passe les deux semaines suivantes à Arkham. La bibliothèque de l’Université est riche de 400000 références et dirigée par le Pr. Henry Armitage.
L’endroit est magnifique, tout en marbre, fleuron de l’université si fière de ses recherches scientifiques appuyées sur une somme colossale de connaissances.
La bibliothèque se dote chaque année de nouvelles références venant de partout dans le monde. La collection de périodiques est
également importante, dans les sous-sols on trouve une collection quasi-complète de la Gazette d’Arkham, de l’Annonceur d’Arkham et d’autres encore …
Sommers a ainsi l’opportunité de consulter ce fameux « Rameau d’Or », un ouvrage en 14 volumes consistant en une étude comparative de la mythologie et de la religion publiée par l’anthropologue écossais Sir J. George Frazer, né en 1854.
L’oeuvre était d’abord parue en 2 volumes en 1890, mais la troisième édition, publiée de 1906 à 1915, comprenait 12 volumes. Le titre s’inspirait d’un épisode du chant VI de « L’Énéide » où Énée et la Sibylle tendent un rameau d’or au gardien des Enfers afin d’être admis dans le royaume des morts. Les autres ouvrages sont référencés comme inaccessibles au public. J.M.W. Turner « The Golden Bough » 1834 Contenant beaucoup de redondances, les 14 volumes comparant les religions et les cultes zarbis se révèlent finalement assez faciles à lire, et en 2 semaines, Sommers avance bien dans sa lecture et apprend même certains détails d’occultisme qu’il ne connaissait pas. Chaque soir, avant de s’endormir, il ne manque pas de s’exercer physiquement.
Au final, son escapade estivale à Arkham lui coûte US$ 40.00 en plus des frais d’inscription.
De retour à Boston, Arthus lui fait un résumé simplifié de ses lectures : « Le livre que j’étudie en ce moment semble être un recueil de Rituels Impies pratiqués par des peuplades primitives ! Figurez vous Sommers que je viens de lire le passage sur les Inuit et leur extraordinaire façon de soigner un chasseur ! C’est tout bonnement fascinant ! Quel dommage que vous ne soyez pas assez bon francophone pour saisir chaque subtilité de ce rite ! »
Voyant que Sommers ne semble pas apprécier son humour, le Frenchy lui explique qu’il est en train d’étudier un sortilège permettant de recoller les os d’un chasseur blessé. De son côté, Sommers l’informe de ses propres découvertes littéraires sans
trop rentrer dans les détails, passant sous silence son inscription à l’UMA, sa fausse identité, l’évaluation des bijoux, etc … N’ayant aucune nouvelle de Seth O’Rearly depuis la fin de leur précédente enquête, Steeve et Arthus comprennent que celui-ci a tout bonnement disparu. De son propre chef ou contre son gré ? Etait-il mort ? Avait-il préféré fuir ? … Il est vrai que l’Irlandais leur avait semblé un peu trop porté sur la bouteille et assez inexpérimenté compte tenu des aventures dont il se vantait.
Ils fouillent sa chambre, sans succès. Aucune trace d’O’Rearly. Et impossible de mettre la main sur le journal du Prof. Henry Sasko qu’il avait récupéré. Il faut dire que les deux enquêteurs ne se montrent ni observateurs ni discrets, surtout Arthus …
Quelques jours plus tard, ils reçoivent un courrier de Whitesnake, les informant de la disparition de leur compagnon irlandais et de l’arrivée d remplaçant : Marvin O’Donnell, un ancien flic.

Leur employeur a une nouvelle mission pour eux.

Steeve Sommers (1896 - XXXX)


Fils unique, Steeve Sommers vient d’une modeste famille texane. Il naît le 6 juin 1896 à D’Hanis, ses parents travaillent dans le ranch d’une riche famille d’éleveurs.Adolescent à problèmes, souvent pris dans des affaires de bagarres et de chapardage, il développe rapidement un sentiment de jalousie vis-à-vis de la vie confortable menée par leurs employeurs et se jure de devenir riche à son tour.

1911. Suspecté -à raison-, dans une affaire de vol, il quitte à 15 ans sa famille, ses proches et ses études à la St. Anthony’s School ; sans un sou en poche, il gagne par ses propres moyens New-York, vivant de petits larcins et de petits boulots.
Ses poings font merveille lors des combats clandestins auxquels il participe mais, après avoir fréquenté quelques temps un gang du quartier de Five Points, un faubourg pauvre de la ville, il décide de s’engager comme beaucoup d’autres dans l’armée yankee, plus pour apprendre le maniement des armes que par patriotisme.
Mais la Première Guerre Mondiale ravage l’Europe.
Après quelques dernières provocations allemandes, comme le projet d’accord avec le Mexique ou le torpillage du navire US « Villengia », les Américains entrent en guerre le 6 avril 1917. Leur armée de métier de 200 000 hommes n’est pas prête pour se projeter dans le conflit européen, tout est à réaliser : hommes, matériel et transport. En mai 1917, l’armée US ne dispose en effet que de 600 000 fusils, 2 000 mitrailleuses et 900 pièces d’artillerie de campagne.
Les Etats-Unis mobilisent par le « Selective Service Acté » les classes de 21 à 30 ans. Leur armement de départ sera limité à l’infanterie.
Une mission française Joffre-Viviani se rend fin avril aux Etats-Unis pour définir les modalités du concours militaire des Américains, et elle obtient l’expédition d’un corps expéditionnaire dès juin 1917. Leurs armes seront des mitrailleuses françaises, avant l’arrivée des mitrailleuses « Browning » à la fin du conflit, et les fusils anglais « Enfield », chambrés à la munition U.S.
Afin de renforcer le moral allié, un premier (petit) contingent de 14 500 hommes débarque à Saint-Nazaire le 26 juin 1917.
Avec leur uniforme vert olive, leurs feutres à large bord, leurs ceinturons à poches multiples et leur allure de cow-boy, ils sont appelés les « Sammies » (en référence à l’Oncle Sam) ou les « Doughboys » (leurs vareuses portant des boutons comparables à des beignets, ‘doughnut’ en anglais).
Ces troupes sont affectées à un secteur relativement calme du front, près de Toul.
En 1917, Steeve Sommers a 21 ans. Il se débrouille pour faire logiquement partie de ce premier contingent U.S. envoyé sur le Vieux Continent.
Face à la déflagration de la Première Guerre Mondiale, le monde est perplexe : ce conflit signe-t-il la fin d’un monde ou le commencement d’un autre ?
Steeve Sommers pense la même chose : Quoi de mieux que le Vieux Continent, qui devra forcément se reconstruire après la guerre, pour faire ses armes contre l’armée allemande et faire ensuite fortune ?
Rapidement, doué pour l’infiltration, tireur d’élite, le jeune militaire franchit les échelons hiérarchiques, et, devenu lieutenant, il rejoint bientôt le front où il effectue de nombreuses opérations commando en compagnie des poilus français. Mais, face aux horreurs des tranchées et à la folie de la guerre, il décide de déserter.
Lorsqu’il doit achever de ses propres mains son frère de combat Marcel Franchard, après que celui-ci ait eu les jambes arrachées par l’explosion d’un mortier allié alors qu’ils effectuaient tous deux une mission d’infiltration derrière les lignes ennemies, il
quitte la France et, porté disparu, il rejoint clandestinement l’Egypte où il se mêle comme combattant indépendant aux contingents anglais et français du commandant Allenby : Sir Edmund Henry Hynman “The Bull” Allenby. Ce-dernier, après avoir accéléré la capitulation ottomane avec Lawrence d’Arabie et ses volontaires arabes et repris Damas le 2 octobre, terminera d’ailleurs sa carrière avec le rang de général et obtiendra le titre de Haut commissaire britannique en Egypte.
On retrouve également Steeve Sommers participant à l’offensive du 4 juillet 1918 contre Hamel, appuyant les soldats australiens qui, sous le commandement du Général Monash, s’emparèrent de la ville et firent près de 1900 prisonniers. L’opération fut un modèle de coordination de l’infanterie, de l’artillerie et de l’aviation.

Mais une rumeur prend naissance dans les sables du désert arabique, on parle de l’existence d’une cité mythique, Kor, la mère de toutes les villes, qui recèlerait tout le pouvoir d’objets antiques …
Steeve Sommers profite donc de sa présence sur place pour visiter quelques sites archéologiques (comme la Nécropole de Saqqarah par exemple) où, pilleur de tombes, il revend au marché noir de nombreuses reliques et objets antiques. Sans attendre la fin de la campagne d’Egypte et de Syrie et la capitulation turque, signée le 30 octobre 1918, il retourne en France et, clandestinement, usant de ses nombreux contacts noués en France et en Egypte, il devient « business man
indépendant ».

1919, les cendres de la Première Guerre Mondiale sont encore tièdes. Steeve Sommers vend désormais ses services contre monnaie sonnante et trébuchante, trafiquant d’armes, vendeur d’antiquités au marché noir. Il habite Paris et n’hésite pas non plus à offrir ses talents de détective pour retrouver des individus ou des objets de valeur disparus pendant la guerre … On ne lui connaît aucune relation sentimentale stable.
C’est en 1925, au cours d’un dîner privé mondain organisé par un cercle d’amateurs d’art parisien, qu’il rencontre Mr. Whitesnake, un riche américain. Ce-dernier a entendu parler de lui et lui propose un emploi à durée indéterminée. Il a l’intention de créer dans la région de Boston son musée personnel d’objets surnaturels; en échange d’un confortable salaire, Sommers devrait veiller à ce que ses acquisitions voyagent sans encombres !

A 29 ans, Steeve Sommers, qui commence à s’ennuyer, saisit l’occasion. Les Etats-Unis vivent à l’heure de la prohibition, et il devrait pouvoir retourner à présent dans son pays pour en profiter. L’argent amassé en Europe, et sa réputation ici, allaient lui offrir le tremplin dont il avait besoin pour faire fortune là-bas …
Il accepte l’offre de Whitesnake et rencontre alors Arthus de Kerouac, un rat-de-bibliothèque français. Récemment embauché lui aussi par l’homme d’affaires, le Français se révèle être un survivant de la Grande Guerre comme lui, vétéran du chemin des dames reconverti dans le commerce et la recherche de reliques profanes. Âgé de 34 ans, l’homme court le monde, loin de la folie du monde occidental, pour étancher sa soif de connaissances archéologiques et oublier la folie de la guerre et la boucherie des tranchées.
Ils regagnent tous deux Boston par bateau, en profitant pour faire connaissance. A leur arrivée, Whitesnake leur présente Seth O’Rearly, un jeune explorateur irlandais de 25 ans, un peu porté sur la bouteille, qui va faire équipe avec eux …

La Fringe Division était née.

ARTHUS DE KEROUAC ( 1891 – xxxx )

Arthus de Kerouac a 25 ans lorsque la grande guerre éclate. Issu d’une ancienne famille bretonne, il a pendant son adolescence parcouru les landes du ponant, la tête remplie des légendes celtiques qui ont bercé son enfance. Ce goût pour la petite histoire l’amène à 18 ans, son baccalauréat en poche, à poursuivre des études d’histoire du Moyen-Âge à Paris.Il devra cependant patienter trois ans avant de faire ces universités, puisque que vient l’âge de la conscription ; il doit passer par la case militaire. Son niveau d’étude lui permet de passer des concours d’officier qui l’amène au grade de lieutenant dans l’infanterie. Pendant ces trois années, le jeune homme apprend le maniement des armes et la conduite de véhicules à moteur et le prestige de l’uniforme sur la gente féminine.Libéré enfin de ces obligations militaires, Arthus entre enfin à l’université. Comme il faut bien faire bouillir la marmite, sa famille étant quelque peu désargentée, il trouve un emploi d’assistant chez un antiquaire, vieil ami de son père. La galerie du marchand d’art, située entre Saint Germain et Notre Dame expose principalement des oeuvres que l’on retrouverait de nos jours au Musée du Quai Branly : Masques africains, Idoles Inuit, statuettes rituelles de Bornéo, trésors égyptiens, antiquités incas, …Chaque heure passée dans cet endroit est pour Arthus une invitation au voyage, qui du coup abandonne l’étude de l’histoire après un trimestre, pour se passionner pour l’histoire de l’art et l’archéologie.


Il profite de l’été 1913 pour se rendre en Egypte, en tant qu’assistant de l’égyptologue Pierre Lacau sur la nécropole de Saqqarah. Le jeune Arthus est émerveillé par les trésors et les mystères que renferme ce site et est enthousiasmé par l’ambiance de cette communauté internationale de chercheurs qui réside au Caire. Il y fait la connaissance de Lisebeth Cornwell avec qui il vit sa première vraie relation sentimentale. Ce séjour qui devait durer 3 mois, Arthus le prolonge jusqu’au printemps 1914.De retour en France, la guerre gronde, Arthus est mobilisé. La folie de la guerre et la boucherie des tranchées resteront à jamais gravées en lui. Pendant cette période effroyable, où il frôle la mort à plusieurs reprises et perd des fragments de son humanité, Arthus se fait la promesse, s’il survit au carnage, de repartir loin de la folie du monde occidental pour courir le monde et étancher sa soif de connaissances archéologiques.



Suivons les aventures de cette Fringe Division dans leur lutte désespérée face aux mythes innommables