Fils unique, Steeve Sommers vient d’une modeste famille texane. Il naît le 6 juin 1896 à D’Hanis, ses parents travaillent dans le ranch d’une riche famille d’éleveurs.Adolescent à problèmes, souvent pris dans des affaires de bagarres et de chapardage, il développe rapidement un sentiment de jalousie vis-à-vis de la vie confortable menée par leurs employeurs et se jure de devenir riche à son tour.
1911. Suspecté -à raison-, dans une affaire de vol, il quitte à 15 ans sa famille, ses proches et ses études à la St. Anthony’s School ; sans un sou en poche, il gagne par ses propres moyens New-York, vivant de petits larcins et de petits boulots.
Ses poings font merveille lors des combats clandestins auxquels il participe mais, après avoir fréquenté quelques temps un gang du quartier de Five Points, un faubourg pauvre de la ville, il décide de s’engager comme beaucoup d’autres dans l’armée yankee, plus pour apprendre le maniement des armes que par patriotisme.
Mais la Première Guerre Mondiale ravage l’Europe.
Après quelques dernières provocations allemandes, comme le projet d’accord avec le Mexique ou le torpillage du navire US « Villengia », les Américains entrent en guerre le 6 avril 1917. Leur armée de métier de 200 000 hommes n’est pas prête pour se projeter dans le conflit européen, tout est à réaliser : hommes, matériel et transport. En mai 1917, l’armée US ne dispose en effet que de 600 000 fusils, 2 000 mitrailleuses et 900 pièces d’artillerie de campagne.
Les Etats-Unis mobilisent par le « Selective Service Acté » les classes de 21 à 30 ans. Leur armement de départ sera limité à l’infanterie.
Une mission française Joffre-Viviani se rend fin avril aux Etats-Unis pour définir les modalités du concours militaire des Américains, et elle obtient l’expédition d’un corps expéditionnaire dès juin 1917. Leurs armes seront des mitrailleuses françaises, avant l’arrivée des mitrailleuses « Browning » à la fin du conflit, et les fusils anglais « Enfield », chambrés à la munition U.S.
Afin de renforcer le moral allié, un premier (petit) contingent de 14 500 hommes débarque à Saint-Nazaire le 26 juin 1917.
Avec leur uniforme vert olive, leurs feutres à large bord, leurs ceinturons à poches multiples et leur allure de cow-boy, ils sont appelés les « Sammies » (en référence à l’Oncle Sam) ou les « Doughboys » (leurs vareuses portant des boutons comparables à des beignets, ‘doughnut’ en anglais).
Ces troupes sont affectées à un secteur relativement calme du front, près de Toul.
En 1917, Steeve Sommers a 21 ans. Il se débrouille pour faire logiquement partie de ce premier contingent U.S. envoyé sur le Vieux Continent.
Face à la déflagration de la Première Guerre Mondiale, le monde est perplexe : ce conflit signe-t-il la fin d’un monde ou le commencement d’un autre ?
Steeve Sommers pense la même chose : Quoi de mieux que le Vieux Continent, qui devra forcément se reconstruire après la guerre, pour faire ses armes contre l’armée allemande et faire ensuite fortune ?
Rapidement, doué pour l’infiltration, tireur d’élite, le jeune militaire franchit les échelons hiérarchiques, et, devenu lieutenant, il rejoint bientôt le front où il effectue de nombreuses opérations commando en compagnie des poilus français. Mais, face aux horreurs des tranchées et à la folie de la guerre, il décide de déserter.
Lorsqu’il doit achever de ses propres mains son frère de combat Marcel Franchard, après que celui-ci ait eu les jambes arrachées par l’explosion d’un mortier allié alors qu’ils effectuaient tous deux une mission d’infiltration derrière les lignes ennemies, il
quitte la France et, porté disparu, il rejoint clandestinement l’Egypte où il se mêle comme combattant indépendant aux contingents anglais et français du commandant Allenby : Sir Edmund Henry Hynman “The Bull” Allenby. Ce-dernier, après avoir accéléré la capitulation ottomane avec Lawrence d’Arabie et ses volontaires arabes et repris Damas le 2 octobre, terminera d’ailleurs sa carrière avec le rang de général et obtiendra le titre de Haut commissaire britannique en Egypte.
On retrouve également Steeve Sommers participant à l’offensive du 4 juillet 1918 contre Hamel, appuyant les soldats australiens qui, sous le commandement du Général Monash, s’emparèrent de la ville et firent près de 1900 prisonniers. L’opération fut un modèle de coordination de l’infanterie, de l’artillerie et de l’aviation.
Mais une rumeur prend naissance dans les sables du désert arabique, on parle de l’existence d’une cité mythique, Kor, la mère de toutes les villes, qui recèlerait tout le pouvoir d’objets antiques …
Steeve Sommers profite donc de sa présence sur place pour visiter quelques sites archéologiques (comme la Nécropole de Saqqarah par exemple) où, pilleur de tombes, il revend au marché noir de nombreuses reliques et objets antiques. Sans attendre la fin de la campagne d’Egypte et de Syrie et la capitulation turque, signée le 30 octobre 1918, il retourne en France et, clandestinement, usant de ses nombreux contacts noués en France et en Egypte, il devient « business man
indépendant ».
1919, les cendres de la Première Guerre Mondiale sont encore tièdes. Steeve Sommers vend désormais ses services contre monnaie sonnante et trébuchante, trafiquant d’armes, vendeur d’antiquités au marché noir. Il habite Paris et n’hésite pas non plus à offrir ses talents de détective pour retrouver des individus ou des objets de valeur disparus pendant la guerre … On ne lui connaît aucune relation sentimentale stable.
C’est en 1925, au cours d’un dîner privé mondain organisé par un cercle d’amateurs d’art parisien, qu’il rencontre Mr. Whitesnake, un riche américain. Ce-dernier a entendu parler de lui et lui propose un emploi à durée indéterminée. Il a l’intention de créer dans la région de Boston son musée personnel d’objets surnaturels; en échange d’un confortable salaire, Sommers devrait veiller à ce que ses acquisitions voyagent sans encombres !
A 29 ans, Steeve Sommers, qui commence à s’ennuyer, saisit l’occasion. Les Etats-Unis vivent à l’heure de la prohibition, et il devrait pouvoir retourner à présent dans son pays pour en profiter. L’argent amassé en Europe, et sa réputation ici, allaient lui offrir le tremplin dont il avait besoin pour faire fortune là-bas …
Il accepte l’offre de Whitesnake et rencontre alors Arthus de Kerouac, un rat-de-bibliothèque français. Récemment embauché lui aussi par l’homme d’affaires, le Français se révèle être un survivant de la Grande Guerre comme lui, vétéran du chemin des dames reconverti dans le commerce et la recherche de reliques profanes. Âgé de 34 ans, l’homme court le monde, loin de la folie du monde occidental, pour étancher sa soif de connaissances archéologiques et oublier la folie de la guerre et la boucherie des tranchées.
Ils regagnent tous deux Boston par bateau, en profitant pour faire connaissance. A leur arrivée, Whitesnake leur présente Seth O’Rearly, un jeune explorateur irlandais de 25 ans, un peu porté sur la bouteille, qui va faire équipe avec eux …
La Fringe Division était née.